vendredi 5 février 2016

" Neverhome " de Laird Hunt

Soyons clairs : si vous partez dans cette lecture -comme ce fut le cas pour moi- en espérant y apprendre au passage pas mal de choses à propos de la guerre de Sécession, passez votre chemin, vous ne découvrirez rien.
Or, se jeter dans un récit de guerre ne vaut pour moi que si l'on en précise le cadre, les enjeux, les spécificités, ayant fort peu de goût pour la violence et les horreurs, celles-là en particulier. C'est mon côté chochotte, que j'assume.

4ième de couv' : 
Afficher l'image d'origineDans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit auprès de son compagnon d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l'armée de l'Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener.
Ayant perdu la trace de son régiment après une bataille féroce où elle a été blessée, Constance, la rebelle, dépouillée de son uniforme, reprend, au sein de paysages dévastés, le chemin de la ferme, guidée par l’amour infini qu’elle porte à son bien-aimé mais profondément hantée par la violence et l’étrangeté des aventures qui ont marqué sa périlleuse initiation à l’univers impitoyable des champs de bataille et à leurs sordides coulisses ...


 
On estime qu'environ cinq cent femmes se joignirent aux combats, cachées sous l'uniforme, risquant à tout moment d'être découvertes, ce qui n'était pas sans risque comme l'exprime Laird Hunt dans cet interview de 4 minutes... et dans un français impeccable :







L'incipit est très beau :

J’étais forte, lui pas, ce fut donc moi qui partis au combat pour défendre la République. Je franchis la frontière, quittant l’Indiana pour l’Ohio. Vingt dollars, deux sandwiches au petit salé, accompagnés de biscuits, de corned-beef, de six pommes flétries, de sous-vêtements propres et aussi d’une couverture. Il y avait de la chaleur dans l’air donc je me mis en marche en bras de chemise, le chapeau bien enfoncé sur les yeux. Je n’étais pas la seule à chercher à m’engager et au bout d’un moment, nous étions toute une troupe. Les fermiers nous acclamaient au passage. Nous donnaient à manger. Leur meilleure place à l’ombre pour nous reposer. Ils jouaient pour nous de leurs violons : enfin tout ce que vous avez entendu dire sur les commencements, même si un an déjà avait passé depuis Fort Sumter, et que la première bataille de Bull Run avait eu lieu, que Shiloh avait emporté son lot d’âmes, et que c’en était fini des commencements, et pour de bon.


Le ton est donné : Constance est une femme simple, une fermière, extrêmement courageuse et "brut de pomme", dont le récit d'une grande franchise ne manquera pas, au détour, d'une certaine forme d'humour. 
Laird Hunt lui a trouvé une voix, c'est indéniable. 
Très vite cependant, le récit devient confus : où est-on, qui se bat contre qui ? Tout est très embrouillé et vague, on renonce très vite à se représenter les combats. 
Bientôt c'est d'autre chose qu'il s'agit, de toute façon: au bout de cinquante pages, Constance -ou plutôt Gallant Ash , son sobriquet de guerre- est faite prisonnière, elle s'évadera en profitant astucieusement de son double statut homme / femme. 
Commence dès lors une longue errance, pour retrouver son régiment, durant lesquels elle vivra toutes sortes de mésaventures tragiques, dont la plus terrifiante est un long passage par l'asile ... 

Durant tout ce voyage en enfer, Constance correspond avec Bartholomew, son époux (hautement invraisemblable dans ce foutoir...) et avec sa mère décédée, en un dialogue intérieur. La relation des époux est attachante, tant Constance est protectrice envers ce petit époux, poète et danseur, mais qui semble totalement inapte à se débrouiller dans les rudesses de cette époque terrible, et avec qui elle a connu les meilleurs moments d'une existence dans l'ensemble extrêmement dure.
Je partirais et il resterait. Il fallait que l'un de nous reste à s'occuper de la ferme et que l'autre parte, et c'était lui et c'était moi. Nous étions à peu près de la même petite taille mais lui était fait de paille et moi d'acier. Chaque hiver il était frappé de migraines alors que, de toute ma vie, je n'avais connu la grisaille d'un seul jour de maladie. Il n'y voyait pas trop loin ; moi je fermais un oeil et d'un coup de fusil j'arrachais les oreilles d'un lièvre à cent cinquante mètres. Il tournerait les talons à la moindre occasion ; moi je n'avais jamais, jamais reculé. 
...L'air sentait la fumée et la menthe, qui poussait en brassées d'un vert profond le long de la clôture. Chez nous , notre activité  favorite, à Bartholomew et moi, c'était de passer la faux dans un carré de menthe. Deux ou trois volées, et le paradis vous montait aux narines. Bartholomew savait faire un thé à la menthe à tout casser. Il le préparait le matin, le plaçait au cellier, et nous le buvions le soir pour nous rafraîchir. 

On ne saurait certes reprocher à Laird Hunt d'être manichéen. Son héroïne, si elle est brave, perd progressivement pied dans ce capharnaum épouvantable; elle n'y tient pas toujours le beau rôle d'ailleurs. La violence, dont elle n'hésite pas à user, est depuis toujours dans son mode de vie
Aussi, si on la plaint, on ne s'y attache pas beaucoup, ce qui rend la lecture un peu fastidieuse parfois. 
De beaux portraits émergent ici ou là -le Colonel en particulier- mais globalement tout n'est que bruit et fureur, et plus encore confusion. 

Attention ici spoiler éventuel :
Ce sentiment culminera à la fin du récit qui ramène Constance chez elle, après deux années d'errance ; dans une pitoyable confrontation, elle perdra ce qui donnait encore un peu de sens à vie misérable. Cette fin piteuse est désespérante , et j'ai refermé le livre avec un sentiment amer.J'en ai voulu à l'auteur de nous confronter à une méprise aussi absurde que tragique. 
Même si je n'espérais plus vraiment une happy end...

Bref, pas beaucoup de plaisir dans cette lecture, pour laquelle une grande partie de la blogo s'est enflammée Kathel ou Anne parmi les premières. Seule Luocine émet comme moi beaucoup de réserves .

MIOR.
 

22 commentaires:

  1. Article très clair à propos d'un "récit confus". J'aimerais quand même bien me faire ma propre opinion, même si je ne cours pas après les récits de guerre. J'aime te lire même si ce n'est pas très souvent...

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    1. ...trop sympa ! Je lisais ce livre avec mon Club de lecture IRL, j'ai vraiment été déçue, mais je ne veux décourager personne ;-)
      Pour moi, il manque vraiment du matériau historique

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  2. Je n'étais déjà pas hyper tentée malgré tout le bien que j'ai pu en lire partout, tu achèves de me convaincre de ne pas me précipiter. Pour moi le meilleur roman récent sur la guerre de Sécession, très beau mais très dur, est Wilderness de Lance Weller chez Gallmeister.

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    1. merci du conseil , je ne connaissais pas ce titre (moi j'en étais restée à "Autant en emporte le vent" ah ah). Oui, beaucoup d'horreurs (je pense à un moment où Constance réalise qu'elle marche sur un véritable tapis de corps) pour pas grand chose au final, je trouve

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  3. Pareil que Papillon en ce qui me concerne. Je m'abstiendrai donc définitivement !

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    1. si tu n'es pas attirée du tout , pourquoi se forcer en effet ;-)

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  4. Je suis bien navrée que tu n'aies que peu goûté à cette lecture. Pour ma part, je n'y attendais rien d'instructif concernant la guerre de Sécession et j'avais au contraire très apprécié ce primat donné aux sensations, au bruit et à la fureur, qui nous font vivre cette guerre de l'intérieur. Comme quoi, les goûts et les couleurs :)

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    1. tout est très confus, vraiment, pour moi, dans ce tableau ; je l'ai lu assez rapidement , trois jours je crois, car je savais que si je le posais je ne le reprendrais pas . Oui , c'est vrai que ton billet était chouette ;-)

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    2. Le billet de Lili m'avait donné envie de le lire, le tien me refroidit quelque peu... Je note quand même le titre pour plus tard, en ne m'attendant pas à un cours d'histoire ;)

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    3. ...beaucoup ont été enthousiastes ;-)

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  5. Wilderness, oh oui c'est bien!
    Bon, j'ai lu ce roman (pas de billet) et surtout en diagonale d'ailleurs. je ne me suis pas attachée à l'héroïne, de toute façon dès le départ -même si j'ai vu ses raisons ensuite- je ne croyais pas à cette idée de remplacer son mari. Durant des pages entières, qu'elle soit ou pas une femme n'avait guère d'importance (ou alors j'ai lu trop vite?). Mais je ne cherchais pas à en savoir plus sur cette guerre, donc ça ne m'a pas gênée. Un joli souffle parfois dans les pages.
    Tu vois, tous n'ont pas adoré ce roman, après tout c'est normal.

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    1. Oui, je t'avais vue en parler chez Luocine d'ailleurs

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  6. Ce n'est donc pas un titre sur lequel je vais jeter mon dévolu... Et puis c'est une période que je maîtrise peu donc si en plus de cela je n'apprends rien à son sujet, cela a peut-être moins d'intérêt encore.

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    1. pour moi cela a été vraiment frustrant...

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  7. Son précédent roman avait aussi cette distance avec les personnages mais la langue était assez belle pour que ça ne m'aie pas dérangée. Tu me refroidis un peu.

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    1. Il y a de belles pages, mais au milieu de tant d'horreurs...

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  8. J'ai lu plusieurs billets sur ce roman, et j'ai un peu peur de toute cette violence. si en plus elle est un peu gratuite, je passe mon tour sans hésiter.

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    1. Oui, c'est une guerre sale (comme elles le sont toutes) dans un monde totalement désorganisé et terriblement violent, même en dehors du champ de bataille à proprement parler :-(

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  9. Je l'ai fini il y a quelques jours, et comme toi je ne me suis pas attachée à l'héroïne...bien dommage puisque le roman repose sur ses épaules ! du coup, le thème (le travestissement dans l'armée) est intéressant, la langue est belle, mais malgré les rebondissements, j'ai eu l'impression durant ma lecture de traverser de la brume. Seule la fin m'a semblé vraiment réelle. J'ai pensé que l'auteur voulait aussi traduire le fait que pour les soldats, le conflit était quelque chose d'obscur et de confus, sans avoir cette vision "vue d'en haut" avec objectifs, stratégie, batailles clé, que nous pouvons avoir 150 ans après à partir de nos livres d'histoire. Il n'empêche que ce roman n'a pas été pour moi le coup de coeur que beaucoup ont eu, c'est une lecture intéressante, mais qui ne m'a ni passionnée ni vraiment marquée.

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    1. A la bonne heure ! Comme ce long commentaire me fait plaisir ! J'avais peur d'être la seule sans-cœur qui n'ait pas réussi à m'attacher à cette figure de femme. Tu résumes très bien toute l'affaire . Hébétée dans une sorte de brume, c'est tout à fait ça

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  10. J'avais lu les billets enthousiastes dont tu parles, mais après l'avoir feuilleté en librairie, je me suis que ça n'était pas une histoire pour moi. Ton avis confirme...

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    1. beaucoup de violence, et un récit pour moi vraiment trop confus ; pas un grand plaisir de lecture en somme :-/

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Mior