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vendredi 18 juillet 2014

" la Religion " de Tim Willocks

éditions Sonatine , vient de paraître chez Pocket.


En v'la du pavé, en v'la, et même pas pour pour un challenge, dis donc.
Ou alors , c'est un challenge personnel ! 
Un kilo et 850 pages, c'est du lourd, en tout cas.
Et pas cotillon du point de vue du sujet :

Mai 1565. Malte. Le conflit entre islam et chrétienté bat son plein. 
Soliman le Magnifique, sultan des Ottomans, a déclaré la guerre sainte à ses ennemis jurés, les chevaliers de l’ordre de Malte. 
Militaires aguerris, proches des templiers, ceux-ci désignent leur communauté sous le vocable de « la Religion".
Alors qu’un inquisiteur, arrive à Malte afin de restaurer le contrôle papal sur l’ordre, l’armada ottomane s’approche de l’archipel.
C’est le début d’un des sièges les plus spectaculaires et les plus durs de toute l’histoire militaire. 
Dans ce contexte mouvementé, Mattias Tanhauser, mercenaire et marchand d’armes, d’épices et d’opium, accepte d’aider une comtesse française, Carla La Penautier, dans une quête périlleuse.
Pour la mener à bien, ils devront affronter les intégrismes de tous bords, dénouer des intrigues politiques et religieuses, et percer des secrets bien gardés.


Mais qu'est ce qui m'a pris , moi qui déteste la violence et l'hémoglobine ?
Ah oui, je venais de lire "Charly 9 " de Teulé , que j'avais trouvé bien mauvais et qui m'avait laissé totalement sur ma faim du point de vue historique (pour le dire poliment). 
Au même moment une bonne critique m'aiguille sur "Les Douze enfants de Paris" de Tim Willocks, sur ce même thème de la Saint Barthélémy.
Je m'aperçois que le héros , Matthias Tannhauser, est récurrent. 
Ni une ni deux, -mon côté bonne élève- j'ai commencé par le premier tome de ses aventures...

Ce que j'ai parfois regretté . En effet, si le terrible 23 Août 1572 me parle car il fait partie de notre belle Histoire de France -sic- autant cet autre épisode de guerre de religion et de pouvoir m'a moins fascinée. Et je ne sais pas si je me rembarquerai de sitôt pour le récit d'un carnage!

Car Tim Willocks nous embarque , grand écran, son THX , pour un récit hyper réaliste, on est dans la bataille , on en sent toutes les puanteurs, on prend des coups et le sang gicle. Tout ceci est très cinématographique.
Après une brillante et terrifiante scène d'ouverture qui nous apprend comment Tannhauser est rapté à l'âge de douze ans par les Turcs, ce qui lui permettra de connaître les codes des deux cultures chrétienne et musulmane, nous voici à Malte vingt cinq ans plus tard.
Soliman le Magnifique en fait le siège , quatre mois durant et à dix contre un, en 1565. 
(une petite carte n'aurait pas été de refus , c'est long et fastidieux quatre mois de baston)
Malte est une place stratégiquement fondamentale pour le contrôle de la Méditerrannée. La bataille fait rage et les atrocités sont nombreuses des deux côtés (comme bombarder ses ennemis avec les têtes coupées des prisonniers par exemple...) Beurk.

On est dans du film de guerre,il y a du souffle, c'est bien ficelé mais on voit (un peutrop) les ficelles: les deux amis à la vie à la mort façon Athos et Porthos, la grande dame qui s'abaissera à soigner les mourants, le Grand Inquisiteur qui fait trop peur...
Si les personnages sont bien campés et ont une certaine épaisseur malgré ces clichés (la figure de la sauvage Amparo est la plus émouvante) le récit manque un peu de surprises.
 Il est d'ailleurs longtemps narré du seul point de vue chrétien. 
Mais c'est une grande fresque, il faut se laisser embarquer et accepter d'imaginer ce que ce pouvait être.. Brrr...

Les deux mercenaires , Tannhauser et son compagnon anglais Bors :

...derrière lui venaient deux étrangers d'une stature redoutable et d'une allure fougueuse, qui, d'après leurs vêtements, n'étaient clairement pas des chevaliers du tout. Il devina que ce devait être des "soldados particular" -des gentilshommes aventuriers- attirés à Malte par la chevalerie, la foi et la perspective d'action et de gloire. Ils ne réclamaient pas de paye, n'obéissaient à personne et combattaient avec ceux qu'ils choisissaient. Ces deux-là suggéraient assez peu la chevalerie et la courtoisie, mais ils étaient certainement nés pour l'action. Le premier était aussi énorme qu'un char à boeuf, avec des cheveux grossièrement taillés, une barbe gris fer, et plein de cicatrices. Il portait une veste de guerre brigantine cloutée de cuivre et s'était couvert d'armes, dont une flamberge allemande qu'il portait dans le dos et un mousquet de muraille dans les bras, assez long pour contenir un manche à balai. 
Le plus grand des deux était encore plus impressionnant. Il avait une crinière de lion qui, au soleil, flambait comme du bronze en fusion. Parmi les habits simples des chevaliers, son pourpoint croisé d'or était une note de bravade, et ses hautes bottes à revers arrivaient presque jusqu'en haut de ses longues cuisses. A la hanche, il portait une épée et il avait passé dans sa ceinture un pistolet à long canon de conception compliquée. Des hommes à l'air martial, qu'ils soient nobles ou pas. 

La flotte de Soliman :

Lazaro mena Orlandu jusqu'à un escalier qui grimpait sur le toit de l'auberge. De là-haut, Orlandu pouvait voir au-delà des maisons de grès et de la baie de Kalkara, jusqu'aux gibets de la pointe aux Potences , et tout le large de la mer. Les eaux d'un bleu éclatant étaient masquées par un étrange tapis multicolore qui tremblotait comme un mirage sous la chaleur. Il était énorme, son extrémité lointaine frangeant l'horizon et sa marge orientale obscurcie par le mont San Salvatore .
En plissant les yeux, Orlandu se rendit compte que cet immense tapis était entièrement composé de navires de guerre. Le soleil faisait étinceler les proues dorées et les plaques d'argent, et les couleurs venaient de brillants auvents de soie, de bannières extravagantes et de voiles gonflées, et, dans un terrible silence , d'énormes rangs de rames plongeaient et se relevaient comme des battements d'ailes. Les navires filaient plein sud. Et il y en avait des centaines. Des centaines ? Orlandu se frotta les yeux et regarda encore. La marine de la Religion comptait sept galères, et Orlandu avait cru qu'elle était la plus puissante du monde.

Dans l'attente du combat :

Les chevaliers se regroupaient par langue à la tête de chaque compagnie: Français, Auvergnats et Provençaux. Les Italiens et les Aragonais, apprirent-ils, étaient actuellement dans la mêlée. Le sifflement de l'acier sur les pierres à aiguiser se mêlait au son des Pater Noster. La discipline était serrée. Le moral semblait plus haut qu'on aurait pu l'imaginer. Quel que soit l'épuisement que ces soldats ressentaient, et il était gravé sur leurs visages de spectres, l'air pétillait d'une sorte de force commune invisible. Ils auraient volontiers invoqué le Saint-Esprit pour expliquer ce phénomène, mais Tannhauser l'avait déjà ressenti , de l'autre côté du mur lointain où Allah était proclamé comme son arbitre et sa source. Etait-ce là la différence pour laquelle ces guerriers se mettaient en pièces ? Un nom -un mot- pour le même concept essentiel d'unicité divine ? Ou bien n'y avait-il pas de Divin, et cette force aveuglante était-elle la création des hommes eux-mêmes, des hommes qui se trouvaient jetés les uns contre les autres pour des raisons qu'aucun ne pouvait expliquer, des hommes liés par le plus pur accident : la naissance , la géographie, le destin ? 

Si vous voulez lire une (autre) excellente critique de ce gros bouquin , allez sur "Le Blog des Bouquins" (le lien ne marche pas, désolée, côté informatique c'est pas ma journée)

Je me dis que je vais donc relire les Trois Mousquetaires comme je me le suis promis cette année. Ils sont plus chers à mon coeur je crois.
Quant à vous...si vous aimez la viande saignante ?

MIOR