vendredi 4 mars 2016

Une semaine à Naples // Février 2016


























les avis funéraires placardés sur les murs comme des affiches électorales // les scooters qui vrombissent et vous frôlent, comme une noria d'insectes, conduits -sans casque- par des gosses de douze-treize ans// les logements minuscules en rez-de-chaussée dont la porte est souvent la seule ouverture ; proche du troglodyte// le linge qui sèche aux fenêtres, sur des étendages dans les cours ou même la rue, partout, partout// les odeurs de cuisine, délicieuses// les petits coups de klaxon des voitures, à chaque tournant, qu'elles prennent sur les chapeaux de roue// les échoppes, minuscules, qui vendent deux trois bricoles -comment s'en sortent-ils-// le restaurant du premier soir avec ses chaises en plastique vert pomme, papi qui sert, mami qui cuisine -qui ressemble à une vieille tortue//les pizzas pas chères, la pâte à pain sublime//les pauvres en pleine ville ; on ne les a pas encore chassés// les bâtiments dégradés, partout; le petit miracle d'un immeuble fraîchement repeint,ici ou là//le BRUIT dans l'espace public ; et en été ?//sur les scooters, parfois toute une famille, les enfants debout à l'avant sur le marche-pied ; ou trois jeunes femmes, maquillées comme des voitures volées ; jamais de casques// l'émotion quand je réalise que l'appartement loué 70 Monte Di Dio, c'est le Montedidio de Erri de Luca//le fou-rire devant la porte dans la porte cochère, minuscule ; il faut se contorsionner pour passer, on se croirait dans Alice//l'ascenseur qui dessert certains étages seulement si tu as la clef qui correspond//l'appartement vaste, calme et un peu triste ; on sent que tout est fait pour se protéger de l'ensoleillement//le magnolia en fleur, énorme, dans le jardin en contrebas,une oasis de verdure//la baie, sublime, qu'on ne voit pratiquement jamais dans le centre, les rues sont trop encaissées, les immeubles trop haut//le chantier titanesque du métro, interrompu car on vient de tomber sur un bateau grec enfoui ; la correspondante italienne qui dit: "il faut choisir entre le passé et l'avenir, ça prend du temps"//les cafetières italiennes que l'on trouve dans n'importe quel intérieur et dans toutes les tailles, telles des poupées russes//pas d'Internet, on se purge//l'impression de revenir dans les années soixante, la modernité n'est pas passée sur Naples//les enfants qui jouent dans la rue en piaillant aigu en italien//une ville qui est restée dans son jus//les gens qui se saluent et commencent une bavette dans la rue , tout le temps ; l'impression d'être dans un village qui aurait juste montrueusement grandi //une ville qui ne se donne pas facilement, pas aimable comme Rome la bourgeoise ou Venise l'enchanteresse//les transports en commun inexistants, les jambes qui vous rentrent dans le corps à la fin de la journée//le pavé noir, lustré par tant de pas//les autels, partout dans les rues, kitchissimes avec leurs Jésus très "Pierre et Gilles"//rigoler en pensant que "Capri, c'est fini" c'est ici que ça se passe//le Vésuve, impressionnant ; on a envie qu'il se mette à fumer, on le surveille du coin de l'oeil, pas l'habitude d'avoir un volcan pour voisin//avoir "Le Sud" de Nino Ferrer en tête//quelques supérettes mais aucuns grands magasins//se dire que la vie quotidienne des gens ne doit pas toujours être facile, on sent le manque d'argent//les Fiat avec des carrosseries déglinguées, rafistolées à grands coups de scotch//les Napolitaines souvent très maquillées, les hommes italiens souvent très élégants//devant l'Opéra, où on donne "Norma" les dames en fourrure, on aime encore beaucoup ça ici//les heures à bouquiner le soir, les démarrages tardifs le matin//se dire qu'avec un patronyme aussi typiquement italien on a quelque chose à faire ici//regretter de ne pas parler la langue, si théâtrale//lire "l'Amie prodigieuse" ici, bien sûr; si je n'étais pas venue, je serais sans doute passée à côté du bouquin//sept jours de pause, sept jours avec ma fille//comprendre que la bourgeoisie s'est installée en hauteur sur les collines -au dessus de la mêlée, bien sûr- il faut prendre le funiculaire//l'émotion à Pompéi alors qu'on n'attendait rien ; Herculanum dans la foulée//la côte Amalfitaine en bus, des citronniers, des citronniers, des citronniers, et l'eau sublimement turquoise sous un ciel gris souris//s'arrêter dans le salon de thé ou Wagner avait ses habitudes à Amalfi//à Sorrente, les orangers plantés tous les vingt mètres qui ponctuent la rue, on dirait des décorations de Noël//revenir avec le tortillard qui longe la baie de Naples//une ville surprenante, une ville exténuante, sans joliesse //une tempête digne de St Malo la dernière après-midi ; les marins qui remontent leurs filets en panique//le ciel désorganisé, pas un avion ne décolle//le lendemain, plusieurs heures d'attente à l'aéroport mais une belle rencontre : Anne vit ici depuis cinq ans, elle nous raconte son Napoli, ça va, je n'étais pas trop hors sujet je crois//E Viva Italia ;-)

MIOR.

17 commentaires:

  1. E viva Italia ! C'est tout à fait la Naples de mon souvenir, même si je l'ai découverte en été !
    Et bien sûr, j'allais t'inviter à lire Ferrante. Mais bien sûr, tu y avais pensé toi-même.
    Que de belles images...

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    1. En été ça doit être un peu fou ! J'ai aimé le charme du hors saison ...

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  2. J'adore ton texte! Et viva napoli!

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    1. Merci ! C'était un chouette voyage :-)

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  3. Qu'il doit être agréable de lire un bon livre en ce lieu !

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    1. Je lis souvent pas mal en voyage : plus aucune corvée ménagère ou paperassière , et souvent de longues soirées calmes après des journées fatiguantes à arpenter en tous sens . J'ai dévoré le dernier Carrère et cette amie prodigieuse qu' il était formidable de replacer dans son cadre :-)

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  4. Comme c'est chouette ! Tu me fais rêver de semaines de répit avec ma fille pour plus tard et je note l'idée dans un coin de ma tête.
    Et pour le casque, quand je travaillais en Italie, on me disait que c'était impensable : ça décoiffe ;^)

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  5. Tu rends bien l'atmosphère de cette ville où je suis passée il y a ... dix ans ! Par contre j'avais été très déçue par Pompeï (trop d'attente).

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    1. J'imagine l'affluence en été :-( .là nous étions une poignée de personnes batifolant dans ce grand espace ; le temps d'une après-midi nous nous sommes senties pompéiennes !

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  6. Lire L'amie prodigieuse sur place, bien sûr ! J'adore Naples, j'y suis allée en été, il y a dix ans environ, comme Papillon, et c'est super aussi, très très vivant, et les petits restaurants sont comme tu le dis... J'aime aussi Naples, parce qu'on m'y demande des renseignements, en italien : je dois avoir l'air d'une napolitaine ! ;-)

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    1. La réponse est moins classe : trois mots bafouillés pour dire que je ne sais pas ! ;-)

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  7. Oh que ce billet me donne de partir très vite en direction du sud ! surtout avec le temps qui sévit ici depuis ce matin : du gris, du noir, avec une pluie épaisse dont les gouttes cinglent le visage, portées par un vent malin !

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    1. "On dirait le Sud, le temps dure longtemps..." chantait Nino Ferrer ;-)

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  8. Bonjour Mior, ah la baie de Naples avec le Vésuve au fond vue de Capri, on en reste sans voix devant tant de beauté. Il faut que j'aille visiter Naples un de ces jours rien que pour voir le musée. En 2007, j'ai vu Pompéi et Herculanum mais sans m'arrêter à Naples et je le regrette. Bonne journée.

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    1. La baie est splendide , nous avons fait l'impasse sur les îles , Ischia, Capri, ce sera pour une prochaine fois ;-)
      en été, ca doit être tellement agréable de voguer sur l'eau ....

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Merci de votre visite, et de votre commentaire ;-)
A bientôt !
Mior