vendredi 5 août 2016

" La vie matérielle " de Marguerite Duras




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Plaisir de vacances : de passage dans une maison du Quercy, j'ai trouvé une bibliothèque bien fournie qui s'est naturellement ajoutée au sac de livres trimballé depuis Paris, et l'a même supplanté. 

On s'assoie par terre, on feuillette, on s'amuse des goûts communs et on se retrouve en train de lire goulûment un livre sur place, comme un môme qui aurait déniché l'étagère des confitures...

J'ai ainsi lu (relu) ce titre de Duras, fait d'entretiens retravaillés, composé en 1987. J'ai eu un grand bonheur à retrouver cette voix, cette pensée tantôt lumineuse d'intelligence tantôt un peu foutraque, qui affirme, assène, explique. Elle parle des femmes et de leurs maisons, de l'alcool, des hommes, de la vie ...

Je me suis toujours retrouvée à la fin des étés comme une ahurie qui ne comprend ce qui s'est passé mais comprend que c'est trop tard pour le vivre (p.10)

On manque d'un dieu. Ce vide qu'on découvre un jour d'adolescence rien ne peut faire qu'il n'ait jamais eu lieu. L'alcool a été fait pour supporter le vide de l'univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l'espace, leur silencieuse indifférence à l'endroit de notre douleur (p.22)

Tous les hommes sont en puissance des homosexuels. Il ne leur manque que de le savoir, de rencontrer l'incident ou l'évidence qui le leur révélera (p.38, sic)

L'hétérosexualité est dangereuse, c'est là qu'on est tenté d'atteindre à la dualité parfaite du désir. Dans l'hétérosexualité il n'y a pas de solution. L'homme et la femme sont irréconciliables et c'est cette tentative impossible et à chaque amour renouvelée qui en fait la grandeur (p.40)

Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n'est pas possible, on ne peut pas les supporter (p.47)

L'homme , il a cette tendance désastreuse de croire qu'il est un héros quand il achète les pommes de terre. Mais peu importe (p.62)

On ne sait pas quand les choses sont là dans la vie. Ca échappe. Vous me disiez l'autre jour que la vie apparaissait souvent comme doublée. C'est exactement ce que je ressens : ma vie est un film doublé, mal monté, mal interprété, mal ajusté, une erreur en somme (p.139)


Elle termine avec l'alcool. Des pages terribles. Les hallucinations. Sordide.
Des phrases pépites. Et de grosses conneries. Comme souvent chez Duras, très assertive dans sa vision du monde. En tout cas une lecture qui réveille, qui secoue. Merci Marguerite.

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MIOR.


6 commentaires:

  1. J'aime ton engouement et la façon dont tu en parles, mais Duras je n'ai jamais réussi... Même les phrases que tu cites ne me parlent pas. Mais bon, l'essentiel c'est que toi tu aies passé un bon moment; -)

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    1. Ma chère Papillon , nous ne serions donc pas si bouquino-compatibles que cela , tout compte fait ?!... Les bras m'en tombent ;-)

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  2. Je viens d'apprendre que le titre "Il faut beaucoup aimer les hommes" est une citation de Duras... D'elle, j'ai dû lire deux romans, je me souviens avoir aimé Un barrage contre le Pacifique, mais je n'ai jamais eu trop envie de pousser plus loin...

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    1. Curieux, elle etait pourtant assez incontournable jusqu'à il y a peu, en tout cas pour les gens de notre génération,hum... J'ai l'impression qu'elle est tombée dans une sorte de purgatoire récemment. C'est pourtant quelqu'un qui a marqué les lettres françaises, à tout le moins

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  3. Je détestais Duras, trouvant cela totalement creux. Et puis un jour, en cours, j'ai lu à mes étudiants un extraits à haute voix et la magie a opérée...

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    1. c'est curieux comme renversement ! Cela dit, je la lis "à haute voix dans ma tête", maintenant que j'y réfléchis ...

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Mior