mardi 6 septembre 2016

" La Grande Arche " de Laurence Cossé

Afficher l'image d'origineBien qu'elle soit publiée dans La Blanche j'ai l'impression que 
Laurence Cossé n'est pas très connue du grand public.
Pour ma part ce qui m'intéresse -et m'impressionne- 
chez cet auteur c'est la diversité de son inspiration. 

"Au bon libraire" était une fantaisie en forme de thriller sur les bonheurs et les dangers du métier de libraire, c'était ludique et intelligent, et c'était un livre-qui-donnait-envie-de-lire-d'autres-livres :-)  

Résultat de recherche d'images pour "au bon libraire laurence cossé""Les Amandes Amères" était le récit, avec un ton qui sonnait personnel, de la tentative d'alphabétisation par une parisienne pleine de bonnes intentions de sa femme de ménage qu'elle découvrait illettrée.

Les deux m'avaient beaucoup plu.





Afficher l'image d'origineEt maintenant ce bouquin étonnant sur la genèse et la construction de la Grande Arche de la Défense.

Les années 80, l'état français encore riche, la mitterrandie pleine d'aplomb et les Grands Projets du dernier monarque .
 J'y étais, mais comme ça fait drôle de se replonger dans cette époque ! Elle semble tellement révolue qu'on a pratiquement l'impression qu'on vous parle d'un autre pays...et puis les souvenirs affleurent petit à petit. Oui, c'était bien cette ambiance.

Récit en forme d'épopée, roman politique sans fiction, enquête avec digressions, mais plus encore tombeau d'un architecte disparu.
On sent que Laurence Cossé est totalement tombée sous le charme de son personnage principal , un total inconnu qui gagna en 1983 le concours qui devait doter ce qu'on appelait alors la Tête Défense d'un Centre International de la Communication.
Que devait-il se passer dans ce centre, euh, on n'en savait strictement rien. Et on s'en fichait un peu. On ferait "en allant" comme disait ma grand-mère, et l'organe créerait la fonction, en somme. 

L'architecte danois se nomme Spreckelsen, il se ramène à l'Elysée en birkenstock ou l'équivalent scandinave de l'époque. Il est essentiellement professeur d'architecture, et n'a construit somme toute que sa propre maison, et trois églises au Danemark. Le lecteur contemporain ne sait pas s'il doit s'émerveiller ou s'effrayer que de telles choses furent possibles...

L'homme appelle son projet le Cube. Sa déclaration d'intention est d'un humanisme très pur et presque naïf. Lui qui a veillé au choix de chaque pierre de ses églises est vite débordé par l'immensité de son propre projet, on lui adjoint un architecte français, Andreu, susdit plus au courant des contraintes techniques. 
Spreck, comme on le surnomme, commence à se sentir dépossédé de son oeuvre.

Le plus fort est que cette Arche aux dimensions si justes, si bien venue au milieu des tours, du parvis, ce cube dont Spreckelsen a dit qu'il en avait cherché le volume à l'estime, à l'oeil et en situation, d'abord avec une maquette du quartier, puis en venant sur place, est large comme les Champs-Elysées, deux fois plus haut que l'Arc de triomphe, et que chacun de ses côtés a la surface exacte de la Cour carrée du Louvre

Il faut dire que la France pour Spreckelsen c'est le Sud de l'Europe, des moeurs effrayantes, et surtout des gens sur qui on ne peut pas compter, qui tournent casaque si facilement qu'ils lui semblent des girouettes. Heureusement sa relation avec Mitterrand est excellente, ce qui sauvera le projet du naufrage total... 
De revirements en compromis (le choix des plaques de marbre blanc qui doivent couvrir tout l'édifice, une scène incroyable...) ce que nous voyons aujourd'hui est loin, mais vraiment très loin, de ce que son concepteur avait rêvé...

Laurence Cossé n'évite pas un peu de jargon rébarbatif ( tous ces délicieux acronymes dont on affuble tant de choses ici) et le montage juridique et financier au sein de l'Epad de ce qui deviendra la Grande Arche peut parfois lasser. 
Mais cette monographie des maux français, "le mal sans malfaiteur, par négligence, désinvolture et ou cynisme " se révèle passionnante.

Spreckelsen finira par jeter l'éponge, demander très simplement mais très fermement que son nom ne soit pas associé à ce qui finalement était sorti de terre, bref il refusera de "signer" son bâtiment.
Il est malade , il rentre au Danemark, six mois plus tard il est mort. 
Le livre, comme l'Arche, se termine sans lui, on en reste éberlué et vaguement coupable.

MIOR.

Spéciale dédicace à Keisha ;-)

Delphine-Olympe en parle bien aussi .


18 commentaires:

  1. Ouiiiiiiiiiii!!!
    Figure toi que j'ai parlé de ce bouquin à ma voisine et un autre ami -pas vraiment lecteur mais fan d'architecture (le genre qui parcourt la France pour voir les réalisations signées le Corbusier) et bingo , les deux ont aimé! C'est dommage qu'on voie si peu ce bouquin sur les blogs, aurait-on peur du sujet (trop sérieux?) alors que l'humour demeure bien là. Moi j'adore ce genre de livres, et figure toi que j'ignorais tout! Un de mes projets est de marcher vers la GA et la découvrir -enfin.

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    1. J'ai eu la même idée, ayant réalisé, incrédule, que je ne m'étais jamais approchée de ce bâtiment qui s'est pourtant bâti sous mes yeux en quelque sorte ...

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  2. C'est vrai que cette auteure ne semble pas très connue. On la voit un peu sur les blogs, mais par exemple, ici, son dernier roman n'est que dans une seule bibliothèque...
    Je l'avais déjà noté, je le surligne !

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    1. Elle aurait un "succès d'estime " ?...

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  3. Je la connais de réputation (ce roman est passé au Masque et ils avaient bien aimé) mais c'est vraiment le sujet qui ne m'attire pas... et les années 80, pouah, plus envie.

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    1. Oui, ils avaient même beaucoup aimé, si je me rappelle

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  4. J'ai déjà noté ce livre, le sujet m'intéresse.

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    1. C'est un bouquin peu banal, une sorte d'enquête, mais très littéraire dans le même temps

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  5. Moi aussi j'ai eu envie d'aller la voir de près cette Grande Arche après ma lecture ! A présent qu'une de mes meilleures amies l'a lu sur mes conseils et qu'elle m'a proposé d'y aller avec elle, cela devrait bientôt se faire :-)

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  6. Le sujet n'est pas plus attirant que ça mais quand des blogueuses qu'on apprécie en parlent aussi bien... on rêve que notre médiathèque l'achète.

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  7. Keisha m'avait convaincue, tu me le remets en mémoire ... Même pas peur du sujet ! J'ai bien adoré "Naissance d'un pont", alors que moi, franchement, les ponts, c'est comme les arches, m'en fiche un peu ....

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    1. ...politique et architecture, un mélange détonnant...

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  8. Je tourne autour de ce livre, je crains qu'il m'ennuie profondément, et en même temps, je suis certaine, comme tu le dis, que c'est passionnant.

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    1. Hey, merci de ton passage ici, et pour ce commentaire amusant par son paradoxe ;-)

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  9. Je n'ai pas encore lu cette auteure mais c'est dans mes projets. On verra lequel de ses titres me tombera le premier sous la main.

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    1. les 3 que j'ai lus m'ont , à des titres divers , beaucoup plu

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A bientôt !
Mior