lundi 12 septembre 2016

"La succession" de Jean-Paul Dubois


Joueur professionnel de pelote basque -cesta punta en v.o- Paul Katrakilis vit (presque) heureux à Miami où il exerce ses talents. La mort de son père médecin l'oblige à revenir à Toulouse, sa ville natale, et l'amènera à remettre à plat une histoire familiale marquée par le suicide, l'exercice de la médecine, et une sorte de folie douce dans l'incommunicabilité ordinaire.

La vie aurait-elle finalement un sens ?...

Afficher l'image d'origine



De JPaul Dubois j'avais adoré "Une vie française" (c'était un peu "Les années" racontées par un mec) puis je m'étais gondolée avec "Vous plaisantez Monsieur Tanner". 
Depuis, nada, les années Famille Ricoré éloignent des écrivains pessimistes. 
Et puis j'ai vu l'adaptation cinématographique du Cas Sjneider et j'ai eu très envie de sauter sur le nouveau bouquin de Jean-Paul Dubois. Zut.

Il faut dire que les personnages de JPDubois, comme nous, semblent toujours avoir peur de vivre une vie qui ne serait pas la leur, faite "d' accommodements raisonnables" face au temps qui abîme tout et au désir qui résiste comme il peut. 
Mais l'auteur est un homme poli qui ne veut pas totalement nous plomber, aussi nous fait-il rire, souvent. 
C'est une politesse du désespoir: on ne se plaint pas, on reste pourtant lucide mais on demande si tout ça a tant d'importance que ça... on ne veut pas importuner avec sa petite sinistrose 
(j'ai d'ailleurs trouvé que Thierry Lhermitte avait su incarner à l'écran tout cela bien mieux que JPierre Bacri qui avait trop tiré du côté du ronchon misanthrope dans "Kennedy et moi")

Non, stop, j'en parle mal, je vais vous faire fuir. C'est bien mieux que ça.

Si j'ai trouvé que ça commençait un peu à la paresseuse -mais avec une belle langue, riche et précise- j'ai ensuite énormément apprécié l'évolution de l'histoire, qui va crescendo.
Je me suis laissée happer par le récit, sensible, plein d'une mélancolie fine, avec une superbe histoire d'amour, mais aussi une amitié colorée, un chien meilleur-ami-de-l'homme, des voitures, et du spleen des deux côtés de l'Atlantique. 
Tout un folklore, mais qui fonctionne bien. 

J'ai juste regretté la scène d'anthologie de cesta punta que JPDubois aurait pu, aurait DÛ écrire...

Il m'avait fallu des années  pour me décider à fermer le cabinet le temps de revenir sur mes pas, de retrouver le jeu auquel j'avais consacré ma jeunesse, l'endroit que je tenais pour le Valhalla des pelotaris et qui s'était révélé n'être, à l'usage, qu'une banale entreprise employant de lestes ouvriers pour projeter des balles et siphonner des paris.
La grève nous avait permis de prendre conscience des conditions de vie véritables des joueurs dans certains frontons de ce pays. Un millier de pelotaris, répartis dans tous les Jaï-Alaï et dont la plupart venaient d'Espagne, du Pays basque, d'Amérique du Sud, vivaient souvent à quatre ou cinq entassés dans une seule pièce et gagnaient à peine de quoi vivre modestement et aider leurs familles (...) Pourtant, l'attrait pour ce jeu, le gant, la pelote était si fort, que beaucoup surmontaient les humiliations et continuaient coûte que coûte à courir, cueillir et lancer les balles.

Enfin, si j'avais pris au début la famille par trop dézinguée de Paul Katrakilis avec un peu de distance, la fin m'a paru justifier ses moyens. 
Cette fin qui claque je l'ai trouvée fine, extrêmement humaine. 
Elle vient de loin et elle touche.

Le gars, qui parle du métier d'écrivain comme d'une "maladie mentale sociabilisée" et pour qui "un livre, c'est la voix off d'un film" (ouais je viens de visionner deux vieux épisodes de La Grande Librairie pour vous raconter tout ça) le gars ne manque pas de charme, voyez plutôt comme il présente lui -même son bouquin :




En refermant le livre, triste et heureuse, je me suis fait la réflexion : mélancolie et humour, obsessions et désespoir élégant, JPDubois aurait quelque chose à voir avec le John Irving que je préfère, celui de la Veuve de Papier.
Bon, lui ne jure que par Updike, il faudra que j'en lise un ;-)


MIOR.


18 commentaires:

  1. Tiens, bien vu de comparer Dubois et Irving !! J'ai lu le cas Sneijder cet été et j'ai beaucoup aimé !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai croisé JPDubois dans ma librairie l'autre jour et l'ai entendu dire que le film invente une happy end qui n'est pas celle du bouquin ! Du coup j'ai encore plus envie de le lire :-)
      J'aime sa tristesse , son côté inconsolable ( dans la vie ce serait une autre histoire ;-) mais je trouve que les bouquins sont là pour parler de ce que nous craignons plus que de ce que nous vivons, affadi par la bienséance...)
      D'où le rapprochement avec un certain pan de l'œuvre d'Irving

      Supprimer
  2. Contrairement à toi, je n'ai lu aucun titre de cet auteur...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce sont des bouquins écrits par un mec ; un mec sensible, intelligent et mélancolique, mais un mec. C'est ce que j'aime, ce ton, qui tient les choses à distance par l'ironie . Pas de pathos bien sûr , mais pas de joliesse non plus, j'apprécie.

      Supprimer
  3. J'ai adoré Une vie française et beaucoup aimé Le cas Sneijder. L'adaptation était bonne, comme tu le dis, Lermitte dans ce rôle était excellent. J'ai bien envie de découvrir ce livre-là. Jean-Paul Dubois a une vision pas très optimiste du monde mais j'aime l'humour (ou l'ironie) qui se dégage de ses romans. Bref, tu en parles très bien.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ;-) j'aime bien ce gars là, j'avoue ( voir la vidéo de fin d'article)

      Supprimer
  4. Tu donnes envie... Vérification faite, je n'ai rien lu de JP Dubois depuis 2009 ! C'était "Si ce livre pouvait me rapprocher de toi", que j'avais bien aimé. Et "Monsieur Tanner" aussi... jamais deux sans trois !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alors je te conseille celui-là.
      "Si ce livre..." vient d'être adapté au cinéma sous le titre "le fils de Jean", pas mal du tout

      Supprimer
  5. "les années Famille Ricoré éloignent des écrivains pessimistes" tu me fais bien rire ! :)
    J'ai lu un ou deux Dubois il y a longtemps, puis "Hommes entre eux" et "Le cas Sneijder" il y a deux ou trois ans, et je relirai volontiers Jean-Paul Dubois car j'ai trouvé ces deux romans très réussis.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si je te fais rire c'est déjà ça :-)

      Supprimer
  6. Jamais lu ! Mais la pelote basque, comment dire ... les arches, ça va, l'architecture, ça va, la politique, ça va, mais le sport .... Pas sûre ....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La pelote basque, ici, c'est un décor , un pretexte à parler de ce que c'est qu'une passion, et à évoquer un monde interlope où les pelotaris, utilisés sans vergogne, finissent par se révolter et engager une grève très dure. Figure toi que j'ai connu un pelotari ! il,était musicien ET joueur de chistera d'un niveau professionnel, il a quitté notre orchestre pour aller se consacrer à son sport au Mexique. Une histoire de dingue ! Ce bouquin m'a énormément tentée à cause de cela, comme tu l'imagines...

      Supprimer
  7. Ah "Une vie française", quel merveilleux souvenir de lecture ! Mais mon John Irving favori est celui de "Je te retrouverai" (de toutes façons celui-là je l'aime, et même quand ses romans m'ennuient je suis heureuse de le retrouver ;-) ).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Rhoo, moi j'ai décroché a "Twisted River" que je n'ai même pas pu finir...mais je garde une très grande tendresse pour Irving qui m'a fait passer des heures merveilleuses auparavant :-))

      Supprimer
  8. Ah, je suis bien contente de lire ce billet ! Moi aussi j'avais adoré Une vie française. J'avais ensuite essayé un autre roman de lui (je ne me souviens pas du titre) avec lequel je n'avais pas accroché... J'ai lu des billets très contrastés sur ce nouveau roman, que j'ai pourtant envie de lire. Ton billet me met donc dans d'excellentes dispositions !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il faut savoir qu'au début il erre un peu ... mais passé les 50 premières pages on s'attache au personnage .
      Bonne lecture ;-)

      Supprimer
  9. C'est le premier avis que je lis sur le Dubois. Il me tente bien. J'avais beaucoup aimé "Une vie française".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je l'ai trouvé un peu déconcertant au départ puis très attachant . C'est un bon auteur décidément.

      Supprimer

Merci de votre visite, et de votre commentaire ;-)
A bientôt !
Mior