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samedi 16 août 2014

"La table des enfants" d'Isabelle Hausser

au Livre de Poche


L'idée de lire les nouveautés de la rentrée avant tout le monde me laissant totalement froide, je me suis plongée -rapidement avec délice- dans ce bouquin dense et touffu qui patientait depuis plusieurs années sur mes étagères... 
Il semblait m'attendre en effet , et avoir des choses à me dire en une période délicate de ma vie.
 Bientôt je dévorais sans vergogne ce livre atypique, Grand Prix des lectrices de ELLE en 2002...

Comment survivre au décès accidentel de sa fille, même quand celle-ci ne voulait plus vous voir ? 

Et d'ailleurs pourquoi Élisabeth ne voulait-elle plus voir Agnès, cette mère écrivain de romans policiers à succès, cette maman veuve d'un grand amour qui n'a pas réussi à refaire sa vie auprès d'un mari de substitution ?
 Dans le dédale d'un étonnant jeu de miroirs entre la mère vivante et la fille décédée, au-delà du chagrin et de l'indicible désespoir, Agnès va avoir beaucoup de mal à extirper la réalité du fantasme, l'horreur de la poésie, la vérité du mensonge.
 Pourquoi encore sa fille lui confie-t-elle ses enfants par testament ?
 Et pourquoi fait-on un testament quand on n'a que trente ans ? 
La thèse officielle de l'accident de voiture arrange tout le monde, mais il existe tant de coïncidences troublantes qu'Agnès ne pourra qu'enquêter pour tenter de découvrir qui était véritablement sa fille... et qui elle est, elle-même. 
Construit en six parties de dix courts chapitres La Table des enfants est un roman intimiste, poétique et très original.
 Le cheminement de cette mère plus morte que vive de trop de douleurs accumulées, que son éditeur pousse à écrire à nouveau et que la vie n'épargne jamais, est sincèrement bouleversant.
 Isabelle Hausser livre ici une partition juste, un récit douloureusement musical et hyper-sensible – loin des figures imposées du polar qui n'est ici que prétexte – de sa belle écriture déjà rencontrée dans La Chambre sourde, Les Magiciens de l'âme et Nitchevo et Nitchevo.       Bruno Ménard (Babelio)

Figurez-vous que j'ai mis très longtemps à m'apercevoir du côté thriller que ce résumé met en valeur! (ce genre m'indiffère généralement et je ne le recherche pas du tout)
Je me sentais bien plus plongée dans un roman d'introspection profonde, habité par deux femmes intenses, exigeantes au delà du raisonnable, formidables, mère et fille en miroir .
Une grande intelligence des rapports humains sous-tend ce texte. La progression est merveilleusement respectueuse des silences et des mystères de la vie intérieure, tantôt celle d'Elizabeth, lumineuse et déchirée, tantôt Agnès, impériale et si intuitive. 

Cette idée que la vie de chacun serait comme une sorte d'énigme me plait énormément. Et que l'amour serait une sorte d'appel au décryptage, mais avec malgré tout beaucoup de pudeur et d'indicible...
 Les vraies énigmes demeurent irrésolues. L'art de la vérité exige beaucoup de ses adeptes.

L'autre ravissement pour moi consiste dans l'aspect extrêmement musical du récit. Certains motifs reviennent souvent et j'ai parfois pensé à la construction d'une fugue. La musique tient une belle place dans le roman, elle illustre très bien ce "au delà des mots" et cette envie d'absolu qui hante ces deux femmes. Elles sont mélomanes, la musique leur est indispensable et habille leur vie à tout instant. Rien d'anecdotique là dedans mais un besoin profond d'évoluer dans un univers de beauté. L'auteur parle bien de musique d'ailleurs, elle est manifestement familière des grands auteurs classiques, Bach tout particulièrement.
Enfin, une très belle atmosphère germanique, puisque le récit se déroule dans une petite ville des bords du Rhin. On croit sentir la qualité de l'air froid et pur de ce mois de Janvier initial si cruel, puis petit à petit la possibilité du printemps s'impose...

Ne ratez pas ce très beau roman de douze ans d'âge 
MIOR