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samedi 2 janvier 2016

"La singulière tristesse du gâteau au citron" d' Aimee Bender

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aux Editions de l' Olivier (ne lisez PAS la 4ième de couv' !)
et en Points ( ouf ils l'ont revue, c'est un peu moins pire )
 
Traduit de l'anglais par Céline Leroy
Paru en 2013







  Depuis que j'ai levé le pied il y a maintenant près de cinq mois,j'ai tout de même lu une vingtaine de bouquins, dont des grandioses (Confiteor) des splendides (Boussole) des sûrement-magnifiques-mais-que-j'ai-totalement-raté (la Chouette Aveugle) des atypiques épatants (Faillir être flingué) des atypiques qui m'ont laissé perplexe (la Carte des Mendelssohn) , et je ne vous raconte pas tout... 

Ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps, c'est d'être embarquée par une histoire et une narration, toutes deux singulières, et d'avoir vraiment hâte de retrouver mon bouquin (oui bon bien sûr Confiteor...pas taper!) (et C'EST ce que j'appelle une panne de lecture)

Le jour de ses neuf ans, Rose mord avec délice dans le gâteau chocolat-citron que vient de lui confectionner sa mère, "avec amour" comme on dit bêtement. C'est un des poncifs de l'époque, n'est ce pas, cuisiner c'est donner de l'amour à ceux pour qui on le fait...
 En vérité c'est surtout donner ce qu'on a , en l'occurrence, pour la mère de Rose, un malaise intérieur grandissant qu'elle s'efforce de nier sinon de contrôler et que Rose ressent subitement et fortement, dans la bouche. C'est irréfutable et violent. 
A partir de ce moment, Rose connait les états d'âme de chaque cuisinier qu'elle croise. Chaque bouchée est explosive, en quelque sorte, l'inonde d'affects qui la submergent et la bouleversent. 
Bien sûr elle n'arrive pas à expliquer ce qu'elle vit et porte ce "don" comme une croix. 

Mais ce n'est que le début de cette histoire... dont je ne raconterai pas plus ;-)

Dieu sait si le réalisme fantastique type "Esprit d'hiver" n'est pas ma tasse de thé , mais là j'ai été bluffée (et pourtant ça part loin !)
J'ai adoré l'idée même de ce don gustatif, pour commencer (qui m'a fait glousser, car on était en pleine période de bombances familiales, vous imaginez si vous aviez pu vous figurer dans quel état d'esprit on avait cuisiné pour vous !...je vous laisse savourer ...)
Et puis je m'aperçois que j'aime les livres qui parlent de bouffe, en fait ! Je garde un très bon souvenir du "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe ou du Martin Suter "Le Cuisinier" que je crois bien avoir chroniqué aux tout début du blog, par exemple. Rhoo, et la cuisine vietnamienne de "Terre des Oublis" ... et, last but not least, une certaine madeleine qui nous a tous retournés, il y a longtemps déjà...

Mais il n'y a vraiment pas que ça ; j'ai retrouvé toute une ambiance cinématographique, comme par exemple une scène pour moi inoubliable de "The Hours" ou la mère (Julianne Moore) flanque à la poubelle un gâteau pour son petit garçon qu'elle aurait voulu justement plein d'amour et qui est légèrement (juste très légèrement) raté... 
Ce sont ces couleurs, ces ambiances très américaines des années soixante, avec des couleurs pastel , de l'électro-ménager et cette confiance stupide dans le progrès, des pères avec une belle carrure qui partent au travail toujours à la même heure, et des déjà desperate housewifes. L.A est magnifiquement décrite, et la vie qui va avec à cette époque-là (bien que rien ne permette de vraiment dater le récit je crois, c'est juste très suggéré)

La famille est bien entendu très ordinaire et très dysfonctionnelle à la fois. 
Le père est ce genre d'homme pour qui s'il n'y a pas de solution , alors il n'y a pas de problème. Un optimiste qui n'a pas les mots , en quelque sorte (mais son personnage -et c'est heureux- évoluera beaucoup). La mère m'a beaucoup touchée, qui tente discrètement de trouver un semblant d' équilibre. Le frère, Joseph, est assez sérieusement à l'Ouest, comme hors d'atteinte ( ce qui ne fera que se confirmer). Il y a aussi la grand-mère qui ne vient jamais mais envoie des colis improbables d'objets usagés. 
Il y a des figures obligées (les années collège, l'ami du frère adoré en secret) mais ça n'est pas gênant.
 Bref, une ambiance très "Heureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière". 

En vérité, c'est cela que j'ai adoré. La narration totalement non psychologique sur des choses très fines dans les interactions familiales. Comment tout le monde essaye désespérément d'être normal, comment jamais ou presque le plus important n'arrive à être échangé au sein des familles, comment les mots nous font presque toujours défaut.
La parabole peut sembler lourdingue, j'imagine, mais moi ce bouquin m'a cueillie en beauté. Comme je n'avais aucune idée d'écrire un billet, je n'ai pas relevé de passages, mais j'ai vraiment trouvé la narration habile, avec pas mal de phrases qui font mouche. 
Et une très jolie fin , ce qui n'était pas gagné.

Bien sûr, ce livre ne peut prétendre au titre de chef d'oeuvre de la littérature, mais je soutiens pour ma part que deux oeufs au plat cuits à la perfection donnent souvent plus de plaisir qu'un plat chichiteux qui veut se la jouer.

Jérôme a fait un billet d'une méchanceté peu coutumière... et attention il spoile au deuxième paragraphe :-/ 
Euh, si le titre vous agace déjà, n'achetez pas le livre ? 

En revanche Cathulu adore, Antigone est touchée,et Miss Fais moi les poches conquise :-)

Beaucoup d'articles de presse sont complètement à côté, à mon sens, et d'autres spoilent à tout va. N'en lisez pas trop, si vous voulez m'en croire. 
Je serais tentée après cela de dire que je rembourse les insatisfaits, mais bon, c'est maintenant dans toutes les bibliothèques, et à 7euros en poche . 

J'attends vos retours, avec gourmandise :-))


MIOR.