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lundi 22 février 2016

" Glenn Gould, une vie à contretemps" BD de Sandrine Revel

La figure du pianiste canadien de génie  -qui a fait redécouvrir Bach à beaucoup de monde- a séduit Sandrine Revel qui en a fait une sorte de biographie éclatée. 

Si j'ai été très heureuse de voir cette couverture s'afficher un peu partout...


...je dois avouer que je n'ai pas totalement été séduite. 

Il est clair que Sandrine Revel a fait un travail sérieux de documentation , elle cite beaucoup d'anecdotes bien connues sur cet artiste exigeant-issime -en tout premier lieu envers lui-même ; regardez-le travailler dans la vidéo qui suit, où il est dans une espèce de transe de concentration :


Absolu dans ses choix (son refus , assez tôt, de continuer une carrière de soliste pourtant très bien assise, pour la raison que la performance "sportive" sur scène relève d'une forme de cirque -"l'artiste travaille sans filet !") agité par bien des attitudes névrotiques (hypocondrie, toutes sortes de manies) excentrique par conséquence plus que par nature, ai-je envie de dire, Glenn Gould est une figure fascinante de l'Artiste, certes. 

Mais à trop exploiter ce filon (l'idée un peu convenue tout de même de L'Artiste Romantique et Maudit ...) on oublie que Gould a aussi interagi avec ses semblables, eu une assez longue liaison avec une femme qui avait des enfants, qui se souviennent de lui comme d'un beau-père concerné, bref qu'il n'était pas QUE ce génie aux comportements limite autistiques.

S'il écrit : "j'ai toujours eu l'intuition que pour chaque heure passée avec d'autres humains vous avez besoin de X heures tout seul", il peut aussi affirmer en toute honnêteté :"je suis un homme de la communication, un compositeur et un écrivain canadien qui joue du piano à ses moments perdus" (le paradoxe étant que ce qui l'a rendu célèbre -ses talents de pianiste- n'était pas le plus important à ses propres yeux) 

J'ai dévoré bien des ouvrages sur lui, et depuis longtemps. Bien sûr, il a fasciné la jeune musicienne que j'étais alors. Aussi ne pouvait-on pas me surprendre, ou pas beaucoup. Mais pas de problème avec ça ; j'étais déjà bien contente qu'il n'y ait pas trop d'approximations, même si certaines parties sont librement romancées.

Je n'ai pas du tout accroché avec le graphisme, et le choix de palette de couleurs, voilà surtout où se situe mon manque d'adhésion... Des tons cacadoie, beiges assez ternes (c'est d'un triste...) puis rouges et noirs pour les scènes oniriques ou extrêmes (un peu convenu) des visages mal restitués (Gould jeune était d'une beauté à tomber à le renverse pourtant) et une façon de souligner les visages et les mains par une ligne rose assez vite lassante... j'ai eu peu de plaisir de ce point de vue...ce qui est quand même embêtant pour une BD.

Mais des tas de lecteurs vont adorer...et c'est très bien !

MIOR. 

Sandrine Revel explique pour Télérama son projet

La présentation d' onlalu

Antigone adore ;  Anne aime beaucoup également.

dimanche 7 février 2016

" Orfeo " de Richard Powers

Richard Powers écrit des livres pas spécialement faciles d'accès mais profondément originaux dans le paysage actuel du roman. 
Après l'in-oubliable "Le temps où nous chantions" , voici revenir le thème de la musique dans "Orfeo", paru en août 2015 au Cherche-Midi  ; 
Vous pensez bien qu'il fallait que j'y aille ;-)
Résultat de recherche d'images pour "richard powers"
La musique était un fil conducteur du gros pavé "le temps où..."  juste après la question de la lutte pour les droits civiques, qui était elle au premier plan. Powers s'essayait à un exercice extrêmement difficile, celui de décrire ce qui passe dans la psyché du musicien au moment où il s'exprime, mais aussi dans celle de celui qui reçoit cette musique. Pourquoi et comment sommes-nous (ou pas;-) musiciens et mélomanes, que se passe-t-il dans le cerveau de celui qui joue, de celui qui écoute, pourquoi l'un des frères de cette intrigue est un honnête musicien, sans plus, alors que son frère est furieusement doué. De longues pages étaient consacrées à leur pratique de la musique, dans l'archi-détail. Dans "Orfeo" c'est du compositeur qu'il va s'approcher.

Richard Powers est passionné par la neurologie et la chimie du cerveau, ce qui nous meut -et nous échappe totalement-. Il est fasciné par le biologique en nous, avec toutes ses incidences sur nos goûts et nos attachements. 
Dans "La chambre aux échos" il explorait par exemple le cerveau d'un amnésique dans sa capacité à revenir à sa vie d'avant, après un accident. Comment ce n'était pas seule sa mémoire qui était affectée, mais sa capacité à savoir Qui il était et à créer du lien avec autrui. 

Cette approche ambitieuse plonge le lecteur dans une réflexion parfois vertigineuse, extrêmement excitante intellectuellement parlant. Richard Powers (né dans l'Illinois en 1957) est un auteur atypique et passionnant, qui sait de plus mêler tous ces questionnements à des intrigues solidement bâties (ouf) comme ici :

Peter Els , soixante dix ans, est un compositeur solitaire à la retraite. Après la musique, son autre passion est la chimie. Parce qu'il leur trouve de fait des connections : il voit dans  l'organisation d'une chaîne d'ADN un côté poétique, de la même façon qu'il pense qu'il y a un côté organique dans l'agencement d'une page de musique, en somme. Ayant laissé la musique de côté, il pratique donc son hobby, tranquillement dans son coin et sans intention particulière, "en amateur" dirait-on s'il s'agissait de musique ;-)
Mais, quand par un hasard malencontreux, la Sécurité nationale sonne à sa porte et découvre l'important matériel qu'il possède, elle le suspecte immédiatement et dans un raccourci regrettable de préparations bactériologiques terroristes. Bientôt, la tête de Peter Els passe en boucle à la télé, la rumeur enfle follement, l'emballement médiatique est à son comble (rumeurs, approximations...). Peter, paniqué, prend la fuite... 
En cavale, il se souvient et raconte par bribes son itinéraire de musicien, il reconstitue tout ce qui a fait sa vie, comment la musique y fut la plus belle mais aussi la plus nocive des passions, comment l'idée de l'amitié a pu éventuellement lui faire rater la réalité de l'amour, comment il a perdu puis retrouvée son enfant unique, comment il a traversé le siècle en somme. 
C'est brillant, touchant, érudit mais pas pédant ; Powers réussit à retracer cinquante ans de création musicale (dans les très grandes lignes tout de même...) en questionnant cet acte de composer, besoin étrange et tyrannique. S' il a un côté "toute-une-vie-bien-ratée" -mais pas que- je me suis attachée à Peter Els et me suis enfuie avec lui, loin de la paranoïa contemporaine, dans une fugue plus tonifiante que désespérée.

Des extraits : 

L'air matinal embaumait le possible au point d'en être ridicule.

Afficher l'image d'origine...à l'époque où il commençait à constituer un portfolio pour sa thèse, Peter était tombé dans une grande spirale d'influences. Tout le monde faisait les poches à tout le monde : les FabFour volaient Stockhausen pour écrire Sgt Pepper; Andriessen et Berio réarrangeaient Lennon et Mac Cartney. Pendant quelques mois lumineux, l'élevé et le vulgaire, le frileux et l'aventureux, le sommaire et le sophistiqué s'étaient entrelacés en un contrepoint compliqué.
...pendant des années la crise s'était limitée à un choix : Schoenberg ou Stravinski. Mais en 1966, ces deux noms évoquaient l'incongru et le vieillot (...) Par un pur hasard il avait la chance de vivre à l'aube de cette révolution. Depuis l'Ars Nova au quatorzième siècle, ou l'invention de la sonate à la fin du dix-huitième, il n'y avait pas eu de meilleure période pour commencer. (...) 

La musique est une coulée de conscience qui pénètre en nous par l'oreille. Et rien n'est plus terrifiant que la conscience.

La chambre ressemblait à l'au-delà vu dans un roman existentialiste français. Un lit, une chaise, un chevet, un radio-réveil, un téléviseur fixé au mur. On aurait pu voguer vers une autre galaxie ou purger une peine à perpétuité dans l'oubli très basse sécurité de cette pièce.

Ils chantaient tout près l'un de l'autre, bouche à bouche, déformant les notes jusqu'à frôler la dissonance. La friction de ces temps forts leur entamaient directement la cervelle. Ils ne s'étaient pas encore vus nus. Mais cette résonance partagée des os de leur crâne était plus intime que tout acte sexuel.

Il imaginait sa femme assise en face de lui, qui secouait la tête devant le guêpier où il s'était fourré. Ils avaient passé ensemble une poignée d'années, et chacune les avait rendus un peu plus opaques l'un à l'autre. Pourtant, Peter plaisantait encore parfois avec le fantôme de Maddy ou la sondait sur la dernière bizarrerie du moment. Au début, elle admirait son besoin compulsif de faire de la musique ; à la fin elle était seulement déroutée.

Je voudrais rassurer tous ceux qui m'ont suivie jusqu'au bout de ce (long) billet, il n'est pas besoin d'avoir une grande connaissance du monde de la musique pour se régaler à la lecture d'Orfeo. Un honnête intérêt suffit. Le livre nous parle d'un parcours de vie, quand arrivé à un certain âge on peut jeter un coup d'oeil par dessus son épaule et voir le chemin parcouru, presque dans son ensemble ; et que l'on est encore animé par les forces de l'esprit.

Ne ratez pas les pages 125 à 140 totalement admirables, sur la genèse et la création dans un stalag de Silésie du Quatuor pour la Fin du Temps d'Olivier Messiaen ; pour l'avoir joué, je peux vous assurer qu'il se passe un truc incroyable dans la salle au moment de la performance... 
C'est typiquement de cela que veut parler Richard Powers , justement.

Ecoutez cette page extra-ordinaire, le solo de violon final, extatique, totalement planant, qui, nous drapant de notes nous emmène très loin en une méditation profonde et quasi-mystique. 

Voyez comme à la fin les musiciens reviennent comme à regret, engourdis, sonnés par une connaissance d'un ailleurs, un univers parallèle, où les sons sont tout un monde profondément porteur de sens 

https://www.youtube.com/watch?v=jXxmvsllhCg 

Très beaux billets de Papillon , Tête de lecture ,Keisha , Charybde
Un dernier livre avant la fin du monde ...
 
MIOR. 


vendredi 3 avril 2015

"Dîner avec Lenny " de Jonathan Cott


sous-titré : le dernier long entretien avec Léonard Bernstein

Editions Christian Bourgois
140 pages 

"Le chef ne doit pas seulement faire jouer son orchestre ; il faut qu'il lui donne envie de jouer... Il s'agit moins d'imposer sa volonté comme un dictateur que de projeter ses émotions autour de lui afin qu'elles puissent atteindre le plus éloigné des seconds violons. Et quand cela arrive -quand cent personnes partagent ses émotions, exactement, simultanément, réagissant à chaque respiration de la musique, à chaque point d'arrivée et de départ, à son moindre frémissement intérieur- alors il existe une identité d'émotions qui n'a d'équivalent nulle part. C'est, à ma connaissance, la chose qui se rapproche le plus de l'amour lui-même"

Si vous êtes mélomane (pas besoin de grandes connaissances, Bernstein est aussi un pédagogue hors-pair) n'hésitez pas et lancez-vous dans cette lecture passionnante !

20 Novembre 1989, Jonathan Cott a décroché de haute lutte une interview auprès du maestro. Celui-ci le reçoit dans sa maison du Connecticut (une ferme de 1750) dans l'après-midi ; l'entrevue durera jusqu'au milieu de la nuit...

Chef d'orchestre, compositeur, pianiste, écrivain, éducateur, conférencier, animateur de télé, militant pour la paix et les droits de l'homme, Leonard Bernstein était sa propre "Gesamtkunstwerk" -le terme employé par Richard Wagner pour décrire l'oeuvre d'art totale. Au début de sa carrière, il déclarait au New York Times : "Je ne veux pas passer ma carrière comme Toscanini à étudier et réétudier les mêmes cinquante oeuvres. J'en mourrais d'ennui. Je veux diriger. Je veux jouer du piano. Je veux écrire des livres et de la poésie. Et je crois pouvoir rendre justice à toutes ces activités "

Quel appétit de vie , voire boulimie ! 
Une personnalité solaire et charismatique, un talent effectivement protéiforme (non, il n'est pas que le génial compositeur de "West Side Story" ) Leonard Bernstein est définitivement sexy, body and soul...






































Il se trouve que ce diable d'homme fut le professeur de "mon" chef d'orchestre le merveilleux Yutaka Sado qui présida aux destinées de l'Orchestre Lamoureux de 1993 à 2011 . Il ne pouvait en parler sans que se craquelle son apparente zénitude asiatique; des années après, il était ému dès qu'il convoquait son souvenir...Nous avons joué et enregistré beaucoup de Bernstein dans ces années là. Un grand bonheur.



Tout naturellement, dédicace spéciale de ce billet à Anne, qui oeuvre aussi bien pour les notes que pour les mots ;-)

Et maintenant, musique Maestro !

MIOR.








vendredi 17 janvier 2014

Meilleurs voeux pour une année qui vous ressemble

"Je vous souhaite de souhaiter. Je vous souhaite de désirer. Le bonheur, c'est déjà vouloir.
Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier. 
Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences
Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil  et des rires d'enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. 
Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l'aventure, à la vie, à l'amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. 
Je vous souhaite surtout d'être vous, fier de l'être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable. "

Je rêverais de les avoir prononcés , ces voeux , mais c'est le Grand Jacques, oui Jacques Brel , qui les exprima lors d'une interview sur Europe1 le 1ier Janvier 1968... j'ai cherché mais pas trouvé l'archive sonore, il nous reste à imaginer la scansion familière de l'artiste et à se demander s'il les avait préparés ces extraordinaires voeux ou improvisés dans un coup de génie ?

Un beau programme que chacun peut investir à l'aune de sa vie et de ses rêves pour 2014...


https://www.youtube.com/watch?v=hVK-s84SN_s
...et ma chanson préférée , somme toute , de cet auteur génial.


MIOR

lundi 16 septembre 2013

Jamie CULLUM

...fantastique pianiste et showman, j'étais à son concert de Paris (Jazz à la Villette) il y a quelques jours , WHAOOH !
Une pêche pas croyable et une voix de crooner à faire dresser les poils des bras, bref , plus de deux heures de pur bonheur ...
(même si ça m'a tué le dos, frôlerais-je la limite d'âge pour les concerts debout? 
Je n'étais pourtant pas la plus vieille, le public était très divers et ça faisait plaisir à voir)

Je ne vais pas être égoïste , alors voici un titre pour vous 
 (où la reprise est tellement mieux que l'original, soit dit en passant ;)) 



MIOR.

jeudi 11 juillet 2013

La nostalgie Ferré


L'île Du Guesclin, entre Cancale et Saint-Malo... Un endroit merveilleux, qui fait rêver. 
Et puis c'est l'île à Léo.
Pas d'eau courante , pas d'électricité quand il l'achète en 1959.

Vivre dans une île signifie plus qu'une localisation géographique, c'est un peu un état d'âme. 
Nous étions tous les trois déjà une île. Il en fallait une réelle à Léo. 

 dit Annie Butor dans son beau livre de souvenirs : 
"Comment voulez-vous que j'oublie... Madeleine et Léo Ferré 1950-1973"  
publié chez Phébus.


Et des souvenirs , elle en a , la fille de Madeleine Rabuteau , qui rencontra Léo Ferré à 

l'âge de cinq ans et vécut avec ce beau-père artiste et poète pendant de longues années. 

D'abord dans la dèche, témoin de l'amour fou que se portent ses parents, une drôle de vie

entre bohème avec retours nocturnes les soirs de gala, trimballée à l'arrière de la 

voiture, et études studieuses au Lycée La Fontaine.


Léo déclarait alors : "je suis né par erreur en 1916 et une seconde fois le 6 Janvier 1950 quand j'ai connu Madeleine."
Sur les photos de ces années là, Léo et Madeleine respirent l'amour et la sensualité .

Quelques années plus tard l'aisance est enfin là mais la nouvelle folie de ce couple hors norme et qui a toujours adoré les animaux est d'adopter Pépée, jeune singe femelle.  

J'avais tout bonnement accouché d'un chimpanzé, écrira ma mère avec une franchise alarmante tandis que Léo, à ma grande surprise , me confia combien il trouvait ce bébé touchant, bien plus intéressant qu'un enfant .
Cela ne dura pas. Ne pouvait durer. 
Pépée avait pris le pouvoir . Elle ne le lâcherait plus. 
A la maison , tout doucement , la folie s'installait. 
Je rêvais de normalité. Elle s'éloignait de plus en plus . 
Le malheur était en route."

Ce récit m'a beaucoup touchée. 
Annie Butor a la plume alerte, et même si la construction du récit est parfois un peu décousue, ces trajectoires incroyables qu'elle retrace pour nous sont passionnantes.
Elle arrive, dans sa volonté avouée de rendre hommage à sa mère, à rester magnanime et assez mesurée.
 Parfois de la tristesse mais pas d'aigreur. Un beau témoignage.

C'est un 14 Juillet que Léo Ferré est mort , il y a vingt ans .
A l'occasion de cette date anniversaire "Le Monde" sort un hors-série très complet, photos, textes de chansons , témoignages , hommages ... et persiflages.
A lire également.

  

Enfin , deux articles assez complets :

Léo Ferré sur la planète du singe - Le Figaro

www.lefigaro.fr/.../03005-20130329ARTFIG00661-leo-ferre-sur-la-planet...
et
http://www.lepoint.fr/culture/leo-ferre-l-amour-le-singe-et-la-petite-fille-22-05-2013-1671028_3.ph



MIOR.


jeudi 27 juin 2013

Vu au Japon...


Bon , ce n'est qu'une pub dans le métro, mais elle est belle à tous points de vue , non ?
MIOR

mardi 4 juin 2013

Le Grand Violon , poème d'Henri Michaux



LE GRAND VIOLON

Mon violon est un grand violon-girafe ;
j'en joue à l'escalade, 
bondissant dans ses râles, 
au galop sur ses cordes sensibles et son ventre 

    affamé aux désirs épais, 
que personne jamais ne satisfera, 
sur son grand cœur de bois enchagriné, 
que personne jamais ne comprendra. 
Mon violon-girafe, par nature a la plainte basse
    et importante, façon tunnel, 
l'air accablé et bondé de soi, comme l'ont les gros poissons gloutons des hautes profondeurs,
mais avec, au bout, un air de tête et d'espoir 
    quand même, 
d'envolée, de flèche, qui ne cèdera jamais. 
Rageur, m'engouffrant dans ses plaintes, dans 
    un amas de tonnerres nasillards, 
j'en emporte comme par surprise 
tout à coup de tels accents de panique ou de bébé
     blessé, perçants, déchirants, 
que moi-même, ensuite, je me retourne sur lui,
     inquiet, pris de remords, de désespoir, 
et de je ne sais quoi, qui nous unit, tragique, et
     nous sépare.


lundi 21 janvier 2013

Luciero Tena




La musique , la vraie , celle qui fait jubiler (d'une façon ou d'une autre) surgit parfois dans des circonstances étonnantes...

 Découvrez Luciero Tena, grande dame et grande interprète, dans cette pièce festive, exécutée ... de main de maître.

Je ne vous en dis pas plus afin de vous laisser la surprise ...

Sachez toutefois que Luciero Tena sera en concert aux Folles Journées de Nantes , avec l'Orchestre Lamoureux ( ceux qui aiment les rencontres in-ouïes, vous savez !) les 2 et 3 Février prochains.

Musique , Maestra !

Mior

samedi 12 janvier 2013

"Au coin du monde" chanté par Stacey Kent



Quelques minutes de douceur dans la grisaille hivernale...


Mior



ps: je préfère cette reprise à la version originale de Keren Ann

samedi 5 janvier 2013

"Prince d'orchestre" roman de Metin Arditi

aux éditions Actes Sud




" La musique , c'était le succès. Les bravos. L'argent, aussi. Beaucoup d'argent. La gloire. La facilité de tout.
- La musique a tous les traits de la victoire, fit Alexis. C'est un monde magnifique.
Il laissa passer quelques instants, puis ajouta :
- Mais je dois bien l'admettre. Nous sommes souvent dans l'imposture." (p.63)

Cette déclaration étonnera plus d'un lecteur, certainement. Et pourtant...
 elle se vérifie souvent quand on connait bien certains milieux artistiques.
 Le monde de la musique classique, qui fait rêver les mélomanes, n'est pas un milieu hors de l'espace et du temps, il n'est pas exempt de la mesquinerie , du tout-à-l'égo , ni d'un certain prêt-à-penser médiatique qui encense ou détruit sans beaucoup de discernement...
Les petitesses humaines et les fragilités, qui peuvent sembler sublimées dans l'élan artistique même, ne trouvent pas toujours réparation à travers celui-ci. 

C'est ce que met en évidence cet ouvrage qui m'a beaucoup intéressée.

Le personnage central est un chef d'orchestre au sommet de sa carrière.  
Pas forcément sympathique mais de très grand talent. 
Et puis ...ce qui semble au premier abord une simple "boulette" professionnelle va totalement bouleverser sa vie.

Metin Arditi , écrivain d'origine turque vivant à Genève, est -tiens,tiens...- président de l'orchestre de la Suisse Romande.

 Il s'est assurément bien renseigné avant d'écrire ce livre (pas d'âneries sur la réalité de ce métier, c'est déjà bien agréable ...et pas si fréquent) et a certainement , dans l'exercice de ses fonctions , perçu l'incroyable mélange de gloriole et de réel talent ainsi que les affres du perfectionnisme et du doute qui habite les musiciens professionnels,  à tout stade qu'on les considère.
A ce titre son roman est passionnant pendant ses deux cent premières pages.

"Depuis trente-cinq ans qu'il faisait ce métier, Ted avait appris à connaître les chefs  Tous, à des degrés divers, étaient difficiles. Mais tous aimaient la musique. Ils étaient portés par elle, nourris d'elle. Ils vivaient à travers elle. Les grands plus encore que les autres. Sans doute même était-ce là ce qui faisait leur marque: la vénération qu'ils avaient devant la grande musique.
Alexis n'était pas dans ce cas. Lui avait été aimé de la musique, plus sans doute qu'elle n'avait jamais aimé personne. Elle s'était offerte à lui dans toute son intimité. Il n'avait eu qu'à tendre la main pour connaître d'elle le mystère de chaque instant. Le secret de chacun de ses replis intimes. Mais dans sa frénésie de gloire , il n'avait pas imaginé qu'elle pourrait attendre de lui quelque chose en retour. Il s'était comporté avec elle comme un homme qui exploite l'amour d'une femme sans vergogne, tant il est persuadé qu'elle lui restera attachée toujours et quoi qu'il fasse, au point de tout accepter. Jusqu'à ce qu'un jour elle se dise que la plaisanterie a assez duré et le quitte." (p.164)

Arrive la mauvaise critique , impitoyable, perfide , sans pitié.
 Alexis est balayé d'un revers de plume, jeté à bas de son piédestal.
 Il a humilié un musicien d'orchestre , la profession décide de ne pas le lui pardonner :

"Le chroniqueur musical ne limitait pas son attaque au concert. Il s'en prenait à la personne d'Alexis, "un chef autoritariste, à l'ancienne".
La férocité de l'article brisait tous les codes. Personne n'écrivait une telle critique pour un chef de son rang. Il y avait autre chose. Une connivence entre le journaliste et l'un des membres de l'orchestre. Lorsqu'il s'agissait de défendre l'un des leurs, les musiciens faisaient bloc...
L'article allait faire le tour du monde. En moins d'une journée, tous les musiciens d'orchestre se diraient: cet homme est un salaud. Il faut lui faire la peau.
La chasse était ouverte."    ... (p.81)

"-Les musiciens sont des salauds.
Elle lui caressa les cheveux :
-Tu es injuste. Ils ont choisi de vivre une vie normale...Ils rentrent chez eux le soir, ils retrouvent leur famille, ils dorment dans leur lit... Ils ne sont pas comme toi.
A nouveau , elle lui caressa les cheveux :
-Ils servent la musique. Comme les moines du Moyen Age passaient leur vie à copier des textes, alors qu'ils étaient érudits. Que ferais-tu sans eux ? " (p.126)

L'avouerai-je , la deuxième partie du bouquin m'a un peu moins convaincue .

 La descente aux enfers d'Alexis Kandilis est pourtant bien narrée, mais elle est peu vraisemblable à mes yeux ( elle est , pour tout dire , un peu trop "romanesque" pour le coup) . 
On a bien compris dès le début qu'il y a un secret de famille , une blessure d'enfance.
Alexis devra se confronter à ses vieux démons, ceux-là même qu'il a voulu nier, tout occupé qu'il était à sa brillante ascension.
Il y aura une rencontre magnifique avec un homme qui lui aussi porte un poids énorme , et qui essaiera , en vain, d'aider Alexis K .
 Deux femmes aussi .. on rentre alors dans une phase sensuelle et quasiment onirique...
la réalité s'éloigne , Alexis marche sur le fil ...et tombe

Un bon opus de cette rentrée littéraire, qui passionnera certainement les amoureux de musique classique . Original et bien mené. 

Bande son : la Symphonie Fantastique, la 9ième de Beethoven, mais surtout les "Kindertotenlieder" de Gustav Mahler et ...l'Ouverture de la Force du Destin , bien sûr.

MIOR

mardi 25 décembre 2012

"Waiting for Benny " par le clarinettiste Julien Hervé




Comme "teaser" à la sortie de ce CD hommage à Benny Goodman (chez Naxos) 

 regardez cette délicieuse vidéo :

 http://vimeo.com/54413631


3 minutes 30 de bonheur ....

Joyeux Noël !


MIOR.

jeudi 1 novembre 2012

Orchestre Lamoureux

http://www.orchestrelamoureux.com/page_5-lorchestre-lamoureux.html





Allez faire un tour sur le site de cet orchestre , qui fait un grand travail de diffusion de la musique classique et ce depuis bien longtemps  (131 ans mais pas poussiéreuse du tout , la vieille dame !) 




... en témoigne , la jolie émission de radio de Stéphane Grant , " l' Air des Lieux" , sur France Musique :
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/air-lieux/emission.php?e_id=90000060 


A écouter !





Mior.






mardi 2 octobre 2012

"Do Ré Mi " de Susie Morgenstern et Marie de Salle

 ...s'il y a près de vous un enfant qui commence l'apprentissage de la musique en cette rentrée , ce livre est à lui offrir toutes affaires cessantes ! 

Tout est réussi dans cet album , en premier lieu le texte qui est une pure merveille de sensibilité et de justesse dans le ton.
 L'histoire est racontée à hauteur d'enfant , sans jamais tomber dans le niaiseux ;
 les situations décrites sont terriblement exactes et bien vues

"Mon professeur joue des notes et c'est beau.
Je joue les mêmes et c'est moche.

ça grince comme un chat qui miaule."
...
"Le violon , de loin ça avait l'air si facile.
Je n'en peux plus ! 
Je veux laisser tomber ce violon dans un trou profond de 62 148 mètres."
...
"Maman prépare une quiche et moi, tralala, je joue.
J'invente ma mélodie en mélangeant les notes que j'ai apprises, le chant de mon violon, le sourire de maman, le gâteau qui cuit dans le four et qui sent bon, le chat qui me regarde et mon plaisir à moi."
...
"Je le couche dans son étui. Je le borde comme un bébé avec son doudou de velours bleu. Je lui parle même.
C'est mon ami. L'amitié n'est pas simple." 

Une approche lucide autant qu'utile des difficultés que rencontre tout apprenti musicien !

Très délicatement mis en image dans une jolie palette de couleurs, ce livre est idéal vers 7/8 ans  mais peut être apprécié bien avant ... ou bien après, comme vous l'aviez deviné ...

MIOR.


   Susie Morgenstern   (dont toute l'oeuvre est épatante)